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Lundi 12 octobre 2009
Théâtre Thierry Debroux crée son « Capitaine Fracasse » au Théâtre du Parc
Ils sont remuants les ados au théâtre, mais quand ils aiment, ils le crient haut et clair : c’est un triomphe qu’ils font au Capitaine Fracasse réécrit et mis en scène par Thierry Debroux (d’après Théophile Gautier). Et ils n’ont pas tort : sur le plateau, des comédiens déchaînés croisent le fer avec panache (coup de chapeau au maître d’armes Jacques Capelle !), ils dépoussièrent les passions du bon vieux roman de cape et d’épée, le verbe haut, le corps en cabriole. Ils sont comédiens (dell’arte) sur la route, voleurs de grands chemins, amoureux ardents et mélancoliques, aristos sanguins, sicaires et spadassins, coquette et coquine à croquer… Ils enfilent une armada de costumes du XVIIe, minutieusement reconstitués par Thierry Bosquet, « toute la friperie de l’humanité » ! N’y manquent que les carrosses et les chevaux… Quoique… Il faut les voir dans une carriole virtuelle, les corps secoués par les cahots du chemin, les sabots des chevaux dans l’oreille (merci aux noix de coco déjà imaginées par Shakespeare).
Mais Thierry Debroux ne s’est pas contenté d’un simple remake scénique du roman de Théophile Gautier (1863), il a pris appui sur l’avant-propos de l’auteur qui évoque les 30 ans de gestation de ce Capitaine Fracasse. Voilà Théophile, épaissi dans sa robe de chambre, qui rechigne à satisfaire son éditeur et se fait houspiller par ses propres personnages dans les coulisses : « Ne laissez pas vos héros se dessécher comme une plante privée d’eau ! »
Il va donc nous livrer son texte en prise directe avec ses créatures, n’hésitant pas à l’occasion à prendre à son compte l’une d’entre elles (une bête de scène impressionnante, ce Gérald Wauthia !). Cette astuce de construction, bourrée d’inattendus, permet les raccourcis sans éviter l’une ou l’autre longueur, et jongle sans pédanterie avec les concepts de l’illusion et de la relation de l’interprète au personnage. « À défaut de l’être nous avons le paraître… »
Quatorze comédiens mouillent ici leur chemise
Déclinant la même thématique, le décor de Catherine Cosme est un cadre monumental en diagonale, qui restreint l’espace de jeu, mais dont la transparence permet l’illusion de multiples arrière-plans, en allusion aux gravures de Callot et de Doré et en clichés naïfs savoureux. Ajoutez-y le bruitage artisanal, le piano de Pascal Charpentier (joué par Jean-François Breuer) qui fait un clin d’œil à Offenbach et au cinéma muet et vous voilà parés pour suivre les aventures du jeune baron de Sigognac, alias Capitaine Fracasse quand il enfile le costume du matamore dans la troupe des comédiens. Steve Driesen lui offre sa belle et maigre nonchalance et son adresse à l’épée. Quatorze comédiens mouillent ici leur chemise, et Othmane Moumen, monté sur ressorts, fait un tabac en Scapin ! L’on ne résiste pas à la dégaine matamoresque et ambiguë de Philippe Résimont, qui nous arrache une pointe d’émotion, ni au Blazius chef de troupe de Benoît Van Dorslaer, citant Hamlet dans le texte, aux métamorphoses de Nicolas Buysse, aux gentes dames Anouchka Vingtier, Hélène Couvert et Chloé Struvay. Mais nous sommes injustes de ne pas tous les citer dans ce Capitaine Fracasse réjouissant, un bel et nouvel opus tout public de Thierry Debroux !
Théâtre du Parc jusqu’au 24 octobre.
02.505.30.30, www.theatreduparc.be
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