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MAKEREEL,CATHERINE
Mardi 19 février 2008
Théâtre « Le Jeu de la Vérité »
CRITIQUE
On a appris à se méfier de ces pièces parisiennes qui font un triomphe en France à coups de casting people et de rumeurs d’adaptation cinématographique. Si ces critères ne sont pas toujours gages de qualité, il faut reconnaître que les Français ont eu raison en 2005 de s’exciter sur la comédie douce-amère de Philippe Lellouche, mise en scène aujourd’hui, dans sa version belge, par David Michels.
Dans un lisse décor d’appartement pour jeune cadre dynamique, Jules, Fabrice et Pascal se retrouvent pour leur rituel dîner entre potes, histoire de ressasser les souvenirs du lycée et faire le point sur leur vie. Il y a le comédien et célibataire endurci, le chef de cabinet ministériel, marié avec enfants, et le directeur commercial en instance de divorce, trois jeunes quadras bobos, ou plutôt bonobos, selon la nouvelle expression consacrée : bourgeois non bohèmes.
Rejetons des compères de Trois hommes et un couffin, ces copains d’abord vont voir non pas un bébé mais une femme perturber leur existence. En effet, Jules a invité Margaux, la bombe du lycée qui jadis les faisait fantasmer. A son arrivée, l’intrigue, jusque-là plutôt convenue, nous ménage une surprise de taille (qu’on se gardera de révéler). Une rencontre qui va soudain faire grandir ces ados éternels, machos et rêveurs.
Pour détendre l’atmosphère, l’un d’eux propose un « jeu de la vérité ». Et les questions de fuser, sans fard, sur le sexe, la fidélité, l’amitié. Le couple surtout, et sa fragile architecture qui fait qu’un lendemain à deux devient possible ou non. La société aussi, où le désir de parvenir prend le dessus sur toute autre valeur. Pas besoin d’avoir grandi avec Casimir pour s’identifier à ces quadras qui veulent tout : la jeunesse, l’amour, la réussite. On sympathise d’emblée avec ces quatre-là, interprétés par une équipe complice : un excellent Nicolas Buysse, pile électrique au cœur tendre, un plus posé Pierre Pigeolet en modèle ébranlable de vertu maritale, une charmante Cloé Xhauflaire, sensible et élégante agitatrice, et un Luc Gilson qui nous surprend agréablement avec sa performance timide mais touchante en divorcé meurtri.
Grâce à une mise en scène fluide et rythmée, traitant d’un sujet grave avec tact, la pièce file à toute vitesse. Et si vous vous prenez au jeu, Philippe Lellouche a déjà prévu la suite, Le Jeu 2 de la Vérité, actuellement au Théâtre de la Renaissance à Paris.
Jusqu’au 9 mars au Théâtre des Galeries, 32 Galerie du Roi, Bruxelles. Tél. 02-512.04.07.
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