Lundi 13 septembre 2010

Le théâtre et ses artistes de rue ont toujours existé, et n’ont certainement pas attendu 2010 pour jouer sur les trottoirs. Néanmoins, ce qui paraît nouveau aujourd’hui, c’est de voir des comédiens « de salle » investir la rue. C’est le cas de Jean-Michel Frère et sa compagnie Victor B.

L’année dernière, leur Kermesse nous embarquait d’un stand à l’autre, où l’on devenait acteur d’une foireuse foire aux fleurs ou d’une pêchue pêche aux canards. Ils nous poussent aujourd’hui un cran plus loin dans la déambulation puisque Trop de Guy Béart tue Guy Béart nous emmène dans la ville, munis d’écouteurs, pour explorer les trésors de verdure sous le bitume.

Heureusement que le ridicule ne tue pas : tout commence par une distribution d’écouteurs aux spectateurs, les deux comédiens étant équipés de micros et d’un émetteur. Sur un coin de trottoir, le spectacle ambulant peut commencer. Avec l’allure de touristes japonais en visite au Louvre, vous serez guidés avec une centaine d’autres randonneurs par deux extrémistes de l’écologie. Les deux gourous vous inviteront à composer un herbier, à vous extasier devant la moindre mauvaise herbe accrochée à une gouttière, à noter des recettes de « cuisine sauvage ». Formés à la botanique, Ingrid Heiderscheidt et Nicolas Buysse vous aideront à reconnaître Ruine de Rome ou laiteron des champs. Vous serez initiés à la naturothérapie ou deviendrez le petit soldat d’une armée de semeurs de graines de rue. Le tout sur fond de bande-son new age, de bruitages cocasses et de l’intégrale des tubes de Guy Béart, idole des deux écolos savants.

Bien sûr, cette pseudo-promenade botanique en milieu urbain sera le prétexte de dérapages croustillants, vos guides se laissant aller à quelques confidences sur leur vie privée, égratignant au passage les excès des modes bio et nature à tout prix. Mais c’est aussi et surtout une tentative de poursuivre une démarche théâtrale entamée avec Trois secondes et demie, spectacle en appartement de Philippe Vauchel, et Kermesse. « C’est difficile depuis de revenir à un théâtre frontal, explique Jean-Michel Frère. L’énergie renvoyée par cette proximité avec le public, c’est tellement fort qu’on a du mal à retourner à un rapport d’autorité, du style : Je suis sur scène, je ne vous vois pas parce que je suis ébloui par les projecteurs, et je ne vous entends pas parce qu’il n’y a que moi qui parle. »

Une proximité qui vient ici se loger au plus près de nos tympans. « Qu’on soit 50 ou 100, le chuchotement qui parvient dans les écouteurs crée une réelle intimité. On est coupé du groupe par le casque et en même temps en osmose avec le groupe. » Imprévisible, ce théâtre déambulatoire requiert des comédiens rompus à l’improvisation et au contact direct avec le spectateur. « Chaque représentation dépend des gens ou des vitrines de magasin qu’on va croiser. Ici on sait que l’accident est la règle et pas l’exception. On se rapproche du théâtre de rue mais avec quelque chose de neuf. Les acteurs culturels nous disent parfois qu’il y a un manque au niveau de l’écriture dans les arts de la rue. Peut-être qu’on vient combler un peu ce manque ? En tout cas, c’est plus poreux aujourd’hui entre la salle et la rue, et c’est tant mieux. »

Le 11 septembre au Festival Les Unes fois d’un Soir à Lessines. Du 23 au 26 septembre et du 2 au 5 juin à Namur.

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